Mercredi 17 juin 2009
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C'est beau une campagne qui dort. C'est beau, mais c'est trompeur.
Bercé par le doux murmure d'un débat minimaliste et dépassionné, le candidat imprudent, tout étourdi de ses rêves de victoire facile, se laisse gagner par la torpeur ambiante et jamais ne
s'inquiète de cet étrange répit offert par l'adversaire. Près de s'assoupir, béat, les yeux plissés et le sourire satisfait, il sent avec délice sa tête dodeliner... quand celle-ci, déjà
perdue, déjà tranchée, dévale la pente par petits bonds !
Pauvre François Bayrou ! Pauvre Martine Aubry ! Ils sont tombés sur plus fort qu'eux.
Le Président : assurément, il est le grand vainqueur de ce scrutin. Touché par la grâce, béni des Dieux, génialissime, tout ce qu'on voudra... Malin
comme un singe, rusé comme un renard, il les a tous enfumés ! On a rarement vu une campagne aussi bien menée, aussi bien "pensée", préparée. Il a tout planifié. Il a tout fait. Il a tout gagné.
Il s'est chargé lui-même, d'administrer chaque jour, les somnifères aux journalistes. Il a endormi tout le monde : les médias, ses concurrents, les électeurs.
Il a composé ses listes, aussi lisses que possibles. Il a décidé du programme : son action à la présidence française de l'Union Européenne. Décrétée fabuleuse, elle servira de "patron" aux petites
mains besogneuses de ses candidats délibérément effacés. Elire ces ectoplasmes, c'était l'assurance d'envoyer au Parlement européen autant de clones de notre si efficace Président.
Professionnel accompli, il a même réussi à instiller une dose de politique sécuritaire, pile au bon moment, dans une campagne européenne pourtant guère concernée par le sujet... Bravo.
Mais là où il a été le plus fort, le plus impressionnant, c'est dans sa gestion parfaite de la "séquence début juin". Du grand art.
La diffusion du documentaire Home, le vendredi 5 au soir, était prévue de longue date. Le Président le savait, et lui qui laissa entendre qu'il voulait nommer Claude Allègre au
gouvernement (dans le dessein machiavélique de mobiliser les écolos ?), n'y trouva rien à redire. Au contraire, ayant initié le Grenelle de l'environnement, ayant proposé de
refonder le capitalisme sur des bases vertes (éco-croissance, croissance verte et autres amusants oxymores) il ne pouvait que se réjouir de voir ainsi valider par le suffrage médiamétrique, la
pertinence de son fameux "capitalisme vert".
Une éventuelle altération de la sincérité du scrutin aurait pu être soulevée, mais il n'en fut rien. Paralysés par le politiquement correct, ses adversaires n'ont vu que trop tard que le dogme
du réchauffement climatique anthropogénique associé au capitalisme vert, les boutaient résolument, hors du jeu...
Pour le 65° anniversaire du Débarquement (le samedi 6, donc), le Président voulait "son" tête-à-tête avec Barack Obama : il l'a eu. Quitte pour ce faire à évincer grossièrement la Reine
d'Angleterre, chez qui pourtant auparavant, il avait été ravi de parader. Quitte à froisser Angela Merkel, en ne l'invitant pas à célébrer l'amitié franco-allemande, comme l'avait fait le
Président Chirac (avec G. Schröder) il y a 5 ans pour le 60° anniversaire...
Tant pis, on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs. L'important était d'assurer des heures de direct à la télévision, à la veille du scrutin, pour fixer dans les esprits l'image sublime du
tandem Sarkozy-Obama, nouveau(x) maître(s) du monde...
Europe Ecologie : ah, là, il y a une belle bande de vainqueurs ! Un euro-écolo-libertaire (DCB), un alter-écolo (J. Bové), une écolo-justicière (E.
Joly), mais aussi des tas d'autres écolos tous plus différents les uns que les autres. Liste non exhaustive : écolo-productiviste, écolo-décroissant, écolo-libertaire, écolo-totalitaire,
écolo-bobo, écolo-crado, écolo-pronucléaire, écolo-antinucléaire, écolo-apparatchik, écolo-naïf-et-sincère...
On en rigole, mais c'est cela qui a plu sans doute... et puis, ils ont mené une campagne fraîche et marrante : le prisonnier et la juge d'instruction, l'européiste et le noniste etc.
Pour un vote défouloir, comme l'est souvent celui des européennes, faut avouer que c'était l'idéal. De plus, voter pour "sauver la planète", ce n'est guère culpabilisant ! On pourra pas t'en
vouloir le lundi au bureau...
Mais la vraie clef du succès, c'est bien sûr Daniel Cohn-Bendit, son talent, son bagout... et son redoutable flair politique qui lui a permis, avec le concours de
notre Président-écolo-capitaliste, de prendre en tenaille... tous ces pignoufs qui n'ont rien vu venir !
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Le Parti social-triste : cette fois, Lionel Jospin n'y est pour rien ! Ce coup-ci, l'épouvantail à électeurs plaide non coupable ! Va falloir trouver autre chose... Pourquoi pas le
congrès de Reims ? Parce qu'après tout, pour un parti dit de gouvernement, tripatouiller à qui mieux mieux et dans tous les sens, les votes de ses adhérents, ça ne fait pas très sérieux...
L'aigle du Béarn : eh bien... il s'est fait plumer ! Il va pouvoir retourner à son nid d'aigle y panser ses blessures (d'orgueil surtout...). A force de planer à wattmille, le seigneur des
airs s'était un peu trop habitué à prendre ses adversaires de haut... La prochaine fois, quand il avisera là-bas, tout en bas sur la prairie verte, une petite chose qui s'agite, il se
méfiera du renard... et si d'aventure, il lui repassait par la tête de vouloir jouer avec la braguette de Dany, il évitera de s'y coincer les doigts !
Par versaint getorix
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Publié dans : Politique
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