Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 12:22

 

Bien avant le congrès de Reims et l'élection du Premier secrétaire du PS, les plus fins observateurs avaient cru remarquer que la personnalité de Ségolène Royal ne faisait pas l'unanimité dans son camp.

On se souvient même que lors de la présidentielle 2007, un grand nombre de cadres socialistes ne semblaient pouvoir la voir ni en peinture, ni en photo sur les affiches.

Ne pouvant la souffrir, ils lui firent endurer mille douleurs.

Sans égards pour la candidate légitime de leur parti, c'est avec délectation qu'ils se répandirent en médisances dans les médias. Sans vergogne mais non sans talent, ils s'adonnèrent à un mémorable concours de snipers contre leur propre leader. En dépit de toute logique électoraliste, la victoire de Bécassine aux primaires ne suscita chez ses petits camarades que des comportements du même ordre. Juste ou pas, les éléphants se donnèrent le mot : haro sur la nunuche !

Plombée par les siens, la candidate Royal but la tasse. A défaut de chavirer les coeurs, elle chavira tout court. Rue de Solférino, certains nagèrent dans le bonheur comme d'autres dans le champagne du Fouquet's. Mais pourquoi donc ? Quelle peut bien être la raison d'une telle détestation ?

 

La voici : Ségolène, en fait, serait de droite. Arrghhh !

Même que Pierre Bourdieu [1] l'aurait dit [1bis]. Alors...

D'ailleurs, son vrai prénom, c'est Marie-Ségolène. On peut dire ce qu'on veut, ça ne fait pas de gauche. En plus, sa famille, ça serait mili, catho tradi et compagnie. La droite quoi !

Et son nom de famille ! Enfin...

Quand on s'appelle Royal et qu'on s'attarde dans les églises, on va chez Villiers rejoindre le gang des Barbour. On ne tape pas l'incruste au PS, un parti où bouffer du curé est un sport collectif aussi prisé que la décapitation de têtes couronnées !

Royal au PS, c'est une provocation : une sorte d'entrisme de l'aristocratie chez le populo.

Et puis, question entrisme, le PS a déjà donné... Remember Jospin, le 007 du trotskisme !

 

Non, non, non.

On ne sait si c'est du délit de sale gueule ou de trop belle gueule, mais Royal au PS, ça le fait pas. Na ! On veut bien être contre le racisme et la xénophobie, mais faut pas pousser ! On est quand même pas obligé d'accepter tout le monde, non plus. Et encore moins ceux sur qui pèsent un soupçon de sang bleu. "Royal" c'est un peu suspect, non ?

Pitié. Faut bien pouvoir détester quelqu'un quand même ! Qu'on laisse au PS sa culture anti-Ancien Régime et les préjugés qui vont avec ! Comme le dirait peut-être M. Rocard, le PS ne peut pas accueillir toute la misère du monde...

 

Pourtant, Ségolène Royal a rompu avec son milieu, et depuis près de trente ans, elle s'acharne à se faire accepter telle qu'elle est : fille de bonne famille au port altier, bien éduquée, distinguée, catholique convaincue ET socialiste. Bref, au mileu de cette bande de sans-culottes mal dégrossis du PS, tout pour être victime d'ostracisme !

 

Faut dire aussi qu'elle y met du sien ! A se demander si elle ne prend pas un malin plaisir à les faire enrager...

En truffant ses discours de références christiques, Sainte Marie-Ségolène pleine de Grâce se doute bien qu'elle ne peut qu'exaspérer les hordes laïcardes de son parti.
En tentant de relancer le patriotisme de gauche (le coup du drapeau dans les foyers), elle n'ignore pas les réactions épidermiques que cela risque d'engendrer chez les nostalgiques de l'idéal international.
En prônant l'encadrement militaire pour les jeunes délinquants, elle sait pertinemment qu'elle va faire sauter au plafond tous ceux qui restent attachés à la prévention et à l'indulgence contrôlée.

 

Au fond, il semblerait qu'elle n'en ait cure. Voire, que ça l'amuse !

 

Du coup, à mi-voix, on l'accuse.

Elle ferait du populisme de gauche. Une sorte de gaucho-lepénisme débonnaire, aimable et bienveillant envers les étrangers. Une variante un peu particulière et originale, exempte de tout soupçon de haine ou rejet de l'autre. Une ode à la "France métissée", patriote et solidaire. Un concept a priori généreux, mais qu'on aimerait bien pouvoir diaboliser !

Car enfin, quand même, cette insistance à se prendre pour Jeanne d'Arc... C'est troublant. Elle cherche à concurrencer l'affreux ou quoi? 

Où veut-elle en venir avec sa Ségo-messe du Zénith ? Et avec sa tunique de gourou ?

Entend-elle des voix ? Est-ce là, l'origine de sa foi en son destin présidentiel ?

Et ce destin présidentiel, n'est-il pas le signe d'une démarche individualiste et donc, de droite ? C'est quoi cette aventure personnelle ? Ce rapport au peuple dont elle se targue ?Est-ce pour cela qu'elle veut devenir, selon ses propres termes, la "chef du PS" ? Et depuis quand utilise-t-on le vocable de "chef" au PS ?

 

Aurait-elle pour stratégie de ramener à gauche, d'anciens électeurs déboussolés partis au plus loin de l'échiquier politique ? Est-ce dans ce but qu'elle ne cesse, à chaque instant et à tout propos, d'agiter le sabre et le goupillon ?

 

Le landerneau politique s'interroge.

Son politic-show du Zénith ne laisse d'intriguer. Le style show biz agace un peu certes, mais ça passe. Non, ce qui horripile ses détracteurs, c'est de la voir arpenter la scène de long en large comme J. M. Le Pen en meeting. Avec le parfum d'années trente qui flotte dans l'air ces temps-ci, certains jugent cela franchement limite.

C'est le cas notamment d'Isabelle Balkany qui s'offusque de ce que Ségolène soit sur scène "un copier-coller de Le Pen" [2]. Patick Poivre d'Arvor, lui, reconnaît une "démarche péripapéticienne" commune (cad. inspirée des philosophes grecs qui parlaient en marchant), mais refuse tout amalgame [3]. Ok pour la forme, pas pour le fond.

D'ailleurs, le Zénith de Ségolène n'inspira pas que des parallèles avec les meetings lepénistes. Henri Emmanuelli, pour sa part, situa l'ovni "entre le show business et le rassemblement de secte" [4]. A peine plus aimable.

Honnêtement, on ne peut pas reprocher à Ségolène Royal tout et son contraire : copier Le Pen sur scène et faire du show biz, prononcer la messe et verser dans le folklore sectaire ! Faut choisir. A moins, bien sûr, de considérer que la showgirl Royal est capable de tout cela à la fois ! Auquel cas, quelle performance d'artiste...

 

 

Ségolène Royal est une personnalité atypique de la politique française, qui pourtant, à bien des égards, n'est pas sans évoquer un ancien Président... Issue d'une famille ancrée à droite, elle a rompu avec son mileu pour embrasser le socialisme. Tirant les leçons de l'Histoire, elle est convaincue que celui-ci ne pourra revenir au pouvoir que par le fruit d'une alliance. Le Parti Communiste étant durablement dans les choux, elle n'a donc d'autre choix que de se rabattre sur le MoDem. 

Réaliste, Ségolène Royal ne s'interdit pas d'aller draguer au-delà de son camp les électeurs égarés aux confins du système. Pour gagner l'élection suprême, il faut savoir ratisser large. Après tout, le Kärcher de Nicolas Sarkozy et la posture "extrème-centre" du plus subtil François Bayrou procèdent de la même analyse...

 

Ségolène Royal n'est pas de droite et encore moins d'extrème-droite. Cela dit, il est fort possible qu'elle ne soit pas que socialiste.

Avouons-le, le souffle de son ambition et le soufre de sa relation charnelle avec la Nation ne sont pas sans nous rappeller un certain... François Mitterrand !

                                             

                                                Alléluia ou Vade retro Satanas ?

 

PS : dans son édition du 12.11.08, Le Canard enchaîné rapporte les propos peu amènes qu'aurait tenus Martine Aubry sur Ségolène Royal ("La gauche, cela ne peut pas être Travail, Famille, Région").

PS 2 : le 20.11.08, L. Jospin aurait (maladroitement?) utilisé le terme de "néos" pour qualifier les ségolénistes, faisant ainsi référence aux néo-socialistes des années 30 et donc à Marcel Déat [5]. Bouh ! C'est pas beau d'être jaloux. Sûr que quand on est un has been, c'est facile de traiter les autres de néos...

PS 3 : Pétain, Déat... Quelle culture ! Quel sens de la nuance ! Quel raffinement dans l'insulte ! Putain, on est béat d'admiration...

Sources :

[1] : lexpresse.fr du 25.10.07

[1bis] : dailymotion.com

[2] : rue89.com du 20.11.08 et dailymotion.com

[3] : "On n'est pas couché" (émission de Laurent Ruquier) et dailymotion.com

[4] : liberation.fr du 28.09.08

[5] : nouvelobs.com du 21.11.08

 

Par versaint getorix - Publié dans : Politique - Communauté : Apprentis journalistes
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