Un loueur de voitures, la société UCAR, vient de lancer une campagne de pub pour "sortir
une voiture moins chère que la moins chère du marché". Un peu sur le modèle de NTM qui rappait il y a quelques années : "...beaucoup plus bonne que la plus bonne de tes copines !"
(La fièvre).
Le problème, c'est que pour bien marquer les esprits et faire un maximum d'UBM (unités de bruit médiatique), la campagne de pub s'appuie sur un slogan un peu limite : "Les pauvres sont dégueulasses ils polluent".*
Le sous-entendu étant : ils polluent parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture neuve. Or justement, pour une modique somme mensuelle de rien du tout, UCAR se fait fort de leur
fournir une bagnole toute neuve qui ne pollue pas plus que celle du bobo d'à côté. Le rêve, quoi.
Bien sûr, toutes les belles âmes qui font profession d'aimer les pôv', s'insurgent et s'étranglent d'indignation. Pourtant, cette pub a du bon car elle est révélatrice des conséquences inévitables engendrées par
la révolution verte, celle-là même qui doit offrir au système économique mondial le nouvel élan indispensable à sa survie.
Le greenwashing sera le moteur de cette nouvelle croissance. Il faut tout repeindre en vert : les autos, les avions, les biocarburants (qui n'ont rien de bio du
tout), les cimenteries, l'industrie chimique, l'énergie nucléaire etc.
C'est hypocrite à souhait certes, mais c'est du boulot quand même !
Un horizon civilisationnel nous a même été fixé : le développement durable, merveilleux oxymore** qui à force d'être rabâché, passe comme une letttre à la Poste...
Seulement voilà, dans ce joli monde nouveau repeint en vert, les pauvres font tâche. Les individus, mais les pays aussi. Il faut donc les culpabiliser, les rendre plus propres voire...moins
sales. L'alibi écologique sera donc le kärcher mental qui soumettra smicards et pays en voie de développement à la tyrannie de l'écolo-jackpot mis en place par le capitalisme financier
mondialisé.
C'est le message de cette pub; et nous devrions plutôt nous féliciter de ce que les choses soient aussi clairement dites.
*Pour se dédouanner de toute méchanceté envers les pauvres (ses futurs clients quand même !), le Pdg d'UCAR se réclame de Coluche qui avait parlé de "salauds de pauvres" tout en mettant
sur pied le généreux projet des Restos du coeur.
Rappelons quand même que l'expression "salauds de pauvres" n'est pas une création coluchienne, mais une réplique de Jean Gabin dans La Traversée de Paris, célèbre film d'Autant-Lara sorti en 1956.
**Pourquoi oxymore? Parce que si le développement se nourrit de l'exploitation des ressources naturelles, l'épuisement d'icelles interdit de facto tout
caractère durable du phénomène ! A moins bien sûr, d'investir l'Univers, d'y implanter des colonies d'exploitation et de ramener par vaisseaux intergalactiques tout le nécessaire à
la poursuite de notre délire...
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